Dans une cathédrale Sainte-Marie de Conakry pleine à craquer, entre chants liturgiques, prières et solennité, un autre moment a marqué les esprits ce samedi 9 mai 2026 : celui de la parole brute, directe et presque douloureuse du cardinal Robert Sarah.
Officiellement installé dans ses fonctions d’archevêque de Conakry après sa nomination en février dernier par le pape Léon XIV, Mgr François Sylla a reçu les bénédictions de l’Église catholique guinéenne devant une assemblée composée de fidèles, d’autorités religieuses et de plusieurs personnalités. Mais au-delà du cérémonial religieux, c’est le diagnostic sévère porté par le cardinal Robert Sarah sur l’état moral du pays qui a profondément résonné dans la cathédrale.
D’une voix grave, le prélat guinéen a dressé le portrait d’une société qu’il estime rongée de l’intérieur par le mensonge, la corruption et la perte des repères spirituels.
« Est-ce que nous, chrétiens, prêtres, évêques, ne vivons pas totalement pollués par cette ambiance de pourriture, de mensonge et de corruption dans laquelle nous évoluons quotidiennement ? », a-t-il lancé devant une assistance attentive.
Dans son regard, le paradoxe guinéen devient de plus en plus inquiétant : des mosquées et des églises pleines, mais une société qui continue de s’enfoncer dans les divisions, la mauvaise gouvernance et la crise morale.
Le cardinal Robert Sarah ne s’est pas contenté d’une simple exhortation religieuse. Son intervention a pris des allures de chronique nationale sur les maux qui fragilisent la Guinée. Corruption, gabegie financière, désordre administratif, affaiblissement des valeurs… Pour lui, le problème du pays dépasse largement le cadre politique.
« La gestion du bien commun est une vocation morale et spirituelle », a-t-il insisté, estimant qu’aucun développement durable ne peut être construit sans éthique ni foi.
À travers cette prise de parole, le cardinal semble interpeller autant les dirigeants que les citoyens ordinaires. Car selon lui, la dégradation du pays commence aussi par la dégradation des consciences.
« Sans morale, sans Dieu, notre pays ne se relèvera jamais. Il ira en se dégradant davantage, en engendrant la peur, la pauvreté, la division et la haine réciproque », a-t-il averti.
Dans une Guinée traversée par les tensions politiques, les difficultés sociales et les débats sur la gouvernance, les mots du cardinal Robert Sarah ont résonné comme un appel à une introspection collective. Une manière de rappeler que la reconstruction d’un pays ne dépend pas uniquement des infrastructures, des programmes économiques ou des discours politiques, mais aussi de la qualité morale de ceux qui le dirigent et de ceux qui y vivent.
Au moment où Mgr François Sylla prend les rênes de l’archidiocèse de Conakry, l’Église catholique guinéenne semble ainsi vouloir replacer le débat éthique au cœur de la vie nationale.
Et derrière les murs de la cathédrale Sainte-Marie, une question demeure suspendue : la Guinée entendra-t-elle enfin cet appel au sursaut moral ?
Michel Haba



































