L’ancien Premier ministre guinéen Ibrahima Kassory Fofana a finalement été entendu, ce lundi 11 mai 2026, à la Clinique Pasteur de Conakry par la Chambre des appels de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Une audience exceptionnelle organisée au chevet de l’ex-chef du gouvernement, gravement malade depuis plusieurs mois.
Cette audition fait suite à la décision rendue le 7 mai dernier par la juridiction d’appel, ordonnant la poursuite des débats à l’hôpital afin de permettre au prévenu de comparaître malgré son état de santé.
Pour l’occasion, le président de la Chambre des appels, le juge Daye Mara, accompagné de ses conseillers, ainsi que le procureur spécial Alphonse Charles Wright et ses substituts, se sont rendus à la clinique où Kassory Fofana est actuellement hospitalisé.
À l’issue de l’audience, plusieurs avocats ont livré leurs réactions à la presse. Le procureur spécial, lui, n’a fait aucune déclaration à sa sortie de l’établissement sanitaire.
Du côté de la partie civile, Maître Baben Camara a expliqué que les débats ont été interrompus en raison d’un désaccord portant sur une pièce versée au dossier par le parquet spécial.
« Le parquet spécial a commencé à poser des questions à M. Kassory Fofana. Les difficultés sont apparues lorsqu’il a évoqué une pièce dont les avocats de la défense disent ne pas avoir connaissance », a indiqué l’avocat.
L’affaire a ainsi été renvoyée au 14 mai prochain afin de permettre aux différentes parties d’échanger les documents et pièces justificatives.
Revenant sur l’état de santé de l’ancien Premier ministre, Maître Baben Camara a confirmé que ce dernier demeure alité, tout en étant capable de répondre aux questions des magistrats.
« Il était couché durant toute l’audience, mais il a répondu aux interrogations du parquet. Je ne suis pas médecin pour dire s’il va bien ou non », a-t-il précisé.
Selon lui, le déplacement de la cour à la clinique était indispensable pour garantir le respect du principe du contradictoire.
« La cour a eu raison de venir ici, car cela permet au prévenu de répondre directement aux accusations portées contre lui », a-t-il soutenu.
De son côté, l’avocat de la défense, Maître Sidiki Bérété, a salué cette initiative de la juridiction qu’il considère comme une reconnaissance implicite de l’état de santé critique de son client.
« Le fait que la cour ait eu le courage et l’honnêteté professionnelle de venir à l’hôpital prouve suffisamment que Kassory ne sabotait pas la procédure et qu’il était réellement dans l’incapacité de comparaître », a déclaré l’avocat.
La défense a toutefois dénoncé l’apparition de nouvelles pièces dans le dossier en appel, notamment des rapports d’audit dont elle affirme n’avoir jamais eu connaissance auparavant.
« Le parquet évolue aujourd’hui avec des pièces qui n’ont jamais été débattues. Le dossier a été alimenté par des rapports inventés pour obtenir une condamnation sans débat contradictoire. C’est extrêmement grave pour une République », a martelé Maître Sidiki Bérété.
L’avocat a également insisté sur la nécessité d’une évacuation sanitaire de l’ancien Premier ministre à l’étranger.
« Depuis sa liberté provisoire, il est resté hospitalisé. Son rendez-vous médical devait être honoré depuis 2025. Cela fait bientôt cinq ans qu’il vit cette situation. En Guinée, il n’existe pas de plateau technique capable de le soigner correctement. Si on veut lui sauver la vie, il faut le laisser partir », a plaidé la défense.
Dans la foulée, Maître Sidiki Bérété a qualifié la procédure de « politique », contestant les accusations financières retenues contre son client.
« Les 15 milliards de francs guinéens qu’on lui reproche restent justifiables. Treize milliards ont été reversés au Trésor public et le reste a servi à des opérations d’assainissement. Ce dossier est vide. C’est une détention purement politique visant les anciens dignitaires », a-t-il affirmé.
Pour rappel, Ibrahima Kassory Fofana est poursuivi devant la CRIEF pour des faits présumés de détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux. Les accusations portent notamment sur la gestion d’environ 15 milliards de francs guinéens destinés à des programmes sociaux.
En première instance, l’ancien chef du gouvernement avait été condamné à cinq ans de prison, assortis d’une lourde amende et de dommages et intérêts au profit de l’État guinéen. Une décision contestée par ses avocats, qui ont interjeté appel.
Saliou Keita




































