Ce qui n’était au départ qu’une querelle virtuelle entre deux figures de la sphère culturelle et numérique guinéenne s’est transformé en un cas d’école. Ce lundi 20 avril 2026, le Tribunal de Première Instance de Mafanco a mis à nu les dérives d’une parole libérée sur les réseaux sociaux, où la frontière entre influence et irresponsabilité semble de plus en plus ténue.
Mariama Bah, alias Yama Séga, et Mariama Kaba, connue sous le nom de Maya La Solution, ne comparaissaient pas seulement pour « injures et diffamation par voie informatique ». Elles incarnaient, à elles deux, les excès d’un écosystème numérique en pleine expansion mais encore mal maîtrisé.
Le piège de la visibilité à tout prix
L’affaire illustre un phénomène devenu banal : une tension privée, nourrie par des rivalités d’ego et amplifiée par la viralité des plateformes. Une simple divergence autour de la chirurgie esthétique, notamment le BBL, a dégénéré en une surenchère de « lives », où invectives et accusations ont pris le pas sur toute retenue.
À la barre, les deux prévenues ont choisi la voie des aveux. Yama Séga a reconnu avoir ouvert les hostilités, invoquant la colère et l’impulsivité. En face, Maya La Solution a admis avoir franchi une ligne encore plus grave en inventant des accusations de consommation de stupéfiants, dans une logique de représailles. Deux confessions qui, au-delà des faits, interrogent : jusqu’où peut-on aller pour défendre son image en ligne ?
La notoriété comme responsabilité, non comme refuge
Le ministère public, par la voix du procureur Kanfory Ibrahima Camara, n’a laissé aucune place à l’ambiguïté. Dans un réquisitoire ferme, il a dénoncé un spectacle « attentatoire aux mœurs » et potentiellement dangereux pour la cohésion sociale.
Le message est clair : la célébrité n’exonère pas, elle oblige. Mieux encore, elle expose. Dans une société où les influenceurs façonnent les opinions, chaque mot prononcé en ligne peut devenir un précédent. Et c’est précisément ce précédent que la justice semble vouloir encadrer.
Un tournant pour la régulation du cyberespace ?
Les réquisitions du parquet sont à la hauteur de l’enjeu : deux ans d’emprisonnement avec sursis et 30 millions de francs guinéens d’amende pour chacune des prévenues. Une sanction à la fois symbolique et dissuasive, qui vise autant à punir qu’à prévenir.
Au-delà du sort des deux femmes, ce procès pose une question essentielle : la Guinée est-elle en train de franchir un cap dans la régulation de la parole numérique ? À l’heure où les réseaux sociaux redéfinissent les rapports sociaux et médiatiques, l’absence de garde-fous peut rapidement conduire à des dérives aux conséquences bien réelles.
Le verdict, désormais attendu, ne sera pas seulement judiciaire. Il sera aussi politique et sociétal. Car en toile de fond, c’est toute une génération connectée qui est appelée à repenser ses usages : publier, oui mais à quel prix ?
Sibé Fofana


































