Kadiata Diouldé Bah, épouse d’un militant de l’opposition guinéenne aujourd’hui en exil, revient sur les arrestations successives de son mari le 17 janvier et 16 Février 2023, les violences qu’il affirme avoir subies et la peur permanente qui a poussé leur famille à organiser son départ du pays.
Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Kadiata Diouldé Bah : Je m’appelle Kadiata Diouldé Bah, mère de quatre enfants. Je suis guinéenne, née à Conakry le 1er janvier 1988. Je suis l’épouse de Mamadou Lamarana Bah, membre de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) depuis 2008.
Quand votre mari a-t-il été arrêté pour la première fois ?
La première arrestation remonte au 17 janvier 2023, à la suite d’une manifestation organisée par les forces d’opposition et le FNDC. Les manifestants protestaient notamment contre la transition militaire et l’absence de calendrier clair pour un retour à l’ordre constitutionnel.
Que s’est-il passé ce jour-là, selon ce que vous avez vu ou appris ?
Les forces de sécurité ont dispersé la manifestation avec violence. Plusieurs personnes ont été blessées et beaucoup ont été arrêtées. Mon mari a été interpellé sur le chemin du retour, après avoir été témoin de ces violences. Il a été conduit à l’escadron mobile de Hamdallaye, où il a été brutalisé, notamment, selon ce que nous avons compris, en raison de son appartenance ethnique et politique.
Comment avez-vous vécu cette période de détention ?
J’étais extrêmement inquiète pendant les cinq jours qu’il a passés en détention. Je ne savais pas dans quel état il se trouvait. Finalement, j’ai réussi à obtenir sa libération en versant de l’argent à un officier. Il a été abandonné au bord de la route après sa libération, et je suis allée le récupérer. Nous étions tous les deux encore sous le choc.
Il a pourtant été arrêté une seconde fois…
Oui. Le 16 février 2023, il a participé à une autre manifestation contre les autorités de la transition. Celle-ci a également été réprimée avec violence, faisant plusieurs morts, des blessés et de nombreuses arrestations.
Question : Comment cette seconde arrestation s’est-elle déroulée ?
Il était rentré à la maison après la dispersion de la manifestation. Mais peu après, des gendarmes sont venus chez nous. Nous avons appris plus tard qu’un agent infiltré aurait indiqué notre adresse. Ils ont fait irruption, l’ont arrêté brutalement, ligoté, puis emmené à l’escadron mobile de Hamdallaye.
Avez-vous eu des nouvelles de lui pendant cette détention ?
Le lendemain, il a été interrogé pendant environ une heure. Selon ce qu’il m’a raconté plus tard, un informateur l’aurait accusé d’encourager les jeunes à manifester. Il a ensuite été déshabillé, ligoté et placé dans une cellule sombre. Il affirme avoir subi des tortures pendant plusieurs heures.
Comment a-t-il réussi à sortir de cette situation ?
Son cousin, Thierno Souleymane Bah, a entrepris des démarches discrètes pour obtenir sa libération. Il a finalement versé deux millions de francs guinéens à un gardien. Dans la nuit du 21 février 2023, mon mari a été extrait discrètement de sa cellule par l’arrière du bâtiment.
Où est-il allé après sa libération ?
Il a été conduit chez son cousin, où il est resté caché. Je l’ai rejoint là-bas. Nous vivions dans la peur permanente, car sa libération n’était pas officielle. Nous craignions qu’il soit arrêté à nouveau à tout moment.
Comment la décision de quitter la Guinée a-t-elle été prise ?
C’est son cousin qui a organisé son départ pour éviter qu’il ne soit de nouveau arrêté, ou pire. Mon mari est resté caché jusqu’à son départ, le 24 septembre 2023, pour le Sénégal. Aujourd’hui encore, il reste engagé au sein de l’UFDG et a pris contact avec des représentants du parti à New York.
Pourquoi avez-vous décidé de témoigner publiquement ?
Je témoigne pour soutenir sa demande d’asile. En tant qu’épouse, je peux affirmer que les risques pour lui en Guinée sont réels. S’il devait y retourner, je suis convaincue qu’il pourrait être de nouveau arrêté, torturé, voire tué.
Quel est votre appel aujourd’hui ?
Je demande humblement aux autorités américaines de lui accorder l’asile politique afin qu’il puisse vivre en sécurité et en paix, loin des persécutions qu’il a subies dans son pays, et qu’il puisse continuer à subvenir aux besoins de sa famille, notamment de ses enfants.
Par Saliou Keita



































