À Labé, le ras-le-bol des chauffeurs a fini par prendre la forme d’un mouvement de protestation. Depuis le 8 septembre 2026, les transporteurs assurant les liaisons vers le Sénégal et la Gambie ont suspendu leurs activités pour dénoncer la multiplication des contrôles, des barrages et des prélèvements sur les axes routiers menant aux frontières. Au-delà de la colère des professionnels, cette situation pose une question plus large : jusqu’où peut-on multiplier les contrôles sans finir par asphyxier la circulation des personnes et des biens ?
À la gare routière de Daka, dans la commune urbaine de Labé, le malaise est palpable. Des chauffeurs ont décidé de garer leurs véhicules, estimant que les conditions dans lesquelles ils exercent leur métier sont devenues difficilement supportables.
Leur principale revendication tient en quelques mots : moins de barrages, moins de tracasseries et davantage de facilitation sur les corridors routiers reliant la Moyenne-Guinée au Sénégal et à la Gambie.
Pour ces transporteurs, la multiplication des postes de contrôle ne constitue plus seulement un désagrément. Elle représente une charge supplémentaire qui finit par peser sur toute la chaîne du transport, jusqu’au voyageur.
« Nous, chauffeurs, avons constaté avec regret ce que nous subissons. C’est pourquoi nous avons décidé d’arrêter toute activité de transport », explique Abdourahim Haïdara.
Selon lui, certaines sommes réclamées aux différents postes de contrôle seraient devenues particulièrement élevées, notamment sur l’axe Popodara-frontière guinéo-sénégalaise.
Le voyageur, principal perdant
Derrière cette confrontation entre transporteurs et dispositifs de contrôle, ce sont aussi les voyageurs qui paient le prix de la situation.
Le billet pour le Sénégal atteindrait désormais environ 280 000 francs guinéens, selon les transporteurs. Un tarif déjà conséquent auquel s’ajoutent les contraintes liées aux contrôles successifs et aux longues attentes sur les routes.
Le problème ne s’arrêterait d’ailleurs pas au départ de la Guinée. Les chauffeurs affirment également rencontrer des difficultés lors de leur retour depuis le Sénégal, notamment lorsqu’ils prennent à bord des ressortissants guinéens désireux de regagner leur pays.
« Parfois, nous prenons des passagers au Sénégal quand nous rentrons en Guinée. Les forces de sécurité nous demandent de ramener ces mêmes passagers, qui sont des Guinéens, au Sénégal », déplore Abdourahim Haïdara.
Si ces faits sont confirmés, ils soulèvent une interrogation essentielle : comment faciliter la libre circulation des citoyens dans l’espace sous-régional tout en maintenant les impératifs de contrôle et de sécurité ?
Contrôler, oui. Asphyxier, non.
La sécurité des frontières et le contrôle des mouvements sont évidemment nécessaires. Aucun État ne peut raisonnablement renoncer à ces missions régaliennes.
Mais le contrôle ne devrait-il pas également être synonyme d’efficacité ?
Lorsque les postes se multiplient, que les délais s’allongent et que les prélèvements deviennent, selon les professionnels, trop lourds, c’est toute l’économie du transport transfrontalier qui se retrouve fragilisée.
Un corridor routier efficace ne se mesure pas uniquement au nombre de véhicules qui le traversent. Il se mesure aussi à la rapidité des formalités, à la transparence des procédures et à la capacité des administrations à éviter les contrôles redondants.
C’est précisément sur ce terrain que les autorités guinéennes et leurs homologues des pays voisins sont aujourd’hui interpellées.
Le syndicat appelle au dialogue
Le syndicat des transports CNTG de Labé dit suivre avec attention la situation et reconnaît les préoccupations exprimées par les chauffeurs.
« Nos chauffeurs nous ont montré leurs préoccupations sans injures. Leur objectif, c’est la facilitation pour tous les chauffeurs guinéens. Ils ne sont contre personne », souligne Mamadouba Camara, chargé des conflits et négociations au sein du syndicat.
Le responsable syndical appelle ainsi les autorités compétentes à agir afin de réduire le nombre de postes de contrôle et de mettre un terme aux pratiques dénoncées par les transporteurs.
L’enjeu dépasse désormais le seul cas de la gare routière de Daka. C’est la fluidité d’un important axe de mobilité entre la Guinée, le Sénégal et la Gambie qui est en jeu.
Une crise qui appelle des réponses
La suspension des activités ne saurait constituer une solution durable. Elle pénalise les chauffeurs, perturbe les voyageurs et affecte les échanges commerciaux.
Mais elle a au moins le mérite de mettre en lumière une réalité que les pouvoirs publics ne peuvent ignorer : un dispositif de contrôle qui devient trop lourd risque de produire l’effet inverse de celui recherché.
Il est donc urgent de privilégier le dialogue, d’évaluer la pertinence des différents postes de contrôle et, surtout, de distinguer les contrôles réellement nécessaires des pratiques susceptibles de ralentir inutilement la circulation.
Entre la nécessité de sécuriser les frontières et celle de faciliter la mobilité des citoyens, il ne devrait pas y avoir de contradiction.
Contrôler est une nécessité. Faciliter est une responsabilité. Et sur les routes de Labé vers le Sénégal et la Gambie, les transporteurs viennent de rappeler qu’entre les deux, il faut surtout trouver le juste équilibre.
Amadou Diallo






































