C’est une affaire qui mêle argent, influence politique et intérêts stratégiques en Afrique de l’Ouest. Plus de douze ans après l’ouverture de l’enquête, l’industriel français Vincent Bolloré devra finalement répondre devant la justice. Le milliardaire breton comparaîtra en décembre prochain devant le tribunal correctionnel de Paris pour des faits présumés de corruption d’agents publics étrangers et de complicité d’abus de confiance, en lien avec les élections présidentielles de 2010 en Guinée et au Togo.
Au cœur de ce dossier sensible, souvent désigné comme l’affaire des « ports africains », se trouvent des soupçons de pratiques d’influence impliquant certaines filiales du groupe Bolloré. Selon les accusations, ces entités auraient offert des prestations de communication politique à des conditions financières particulièrement avantageuses aux campagnes présidentielles de Faure Gnassingbé au Togo et d’Alpha Condé en Guinée.
En contrepartie, le groupe aurait obtenu par la suite des concessions pour l’exploitation de deux infrastructures portuaires majeures et stratégiques : le port de Lomé et celui de Conakry, deux plateformes essentielles pour les économies de leurs pays respectifs.
Une affaire judiciaire qui s’étire depuis plus d’une décennie
L’enquête, ouverte en 2013 après un signalement du ministère français de l’Économie, a progressivement mis en lumière les mécanismes présumés de ce système. En 2018, Vincent Bolloré ainsi que deux responsables de sa filiale Euro RSCG, devenue depuis Havas, ont été mis en examen pour plusieurs chefs d’accusation graves, notamment corruption d’agents publics étrangers et complicité d’abus de confiance.
En 2021, dans une tentative d’éviter un procès long et médiatisé, l’homme d’affaires avait accepté une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), assortie d’une amende de 375 000 euros. Mais contre toute attente, le tribunal judiciaire de Paris, sous l’impulsion notamment de la juge Isabelle Prévost-Desprez, avait refusé d’homologuer cet accord, estimant nécessaire la tenue d’un véritable procès.
Depuis lors, la défense de Vincent Bolloré a multiplié les recours pour tenter de faire annuler la procédure. Des tentatives restées sans succès, confirmant la détermination de la justice française à examiner cette affaire sur le fond.
Au-delà d’un procès, la question de l’influence économique en Afrique
Au-delà du cas personnel de Vincent Bolloré, ce procès pourrait relancer le débat sur les relations complexes entre grandes multinationales et pouvoirs politiques africains, ainsi que sur la transparence dans l’attribution des marchés publics stratégiques.
Cette affaire pourrait ainsi devenir un cas d’école sur les pratiques d’influence économique sur le continent, à un moment où la question de la gouvernance et de la souveraineté économique reste plus que jamais au cœur des débats publics.
Décembre prochain pourrait donc marquer bien plus qu’un simple rendez-vous judiciaire : un moment de vérité sur les liaisons parfois troubles entre affaires, politique et intérêts stratégiques en Afrique.
Algassimou L Diallo avec Rfi




































