Dans les artères étouffées de Madina, cœur commercial battant de Conakry, l’État a décidé de reprendre la main. Dans la nuit du dimanche 22 au lundi 23 mars 2026, le Directeur général de la Police nationale a personnellement supervisé une vaste opération de déguerpissement visant à mettre fin à l’occupation anarchique des voies publiques, devenue au fil des années l’un des symboles les plus visibles du désordre urbain.
Déclenchée aux environs de 20 heures, l’opération s’est poursuivie jusqu’aux premières lueurs du jour. Forces de sécurité, engins du Bataillon du Génie militaire et équipes techniques de la Direction de l’Aménagement du Territoire et de l’Urbanisme (DATU) ont été mobilisés dans une démonstration de force rarement observée à cette échelle. Objectif : libérer totalement les emprises routières de ce carrefour économique stratégique, notamment le long de la route Niger, afin de redonner souffle à une circulation devenue chaotique.
Mais au-delà du simple dégagement des routes, c’est un message d’autorité que les pouvoirs publics ont voulu envoyer : celui d’un retour à l’ordre dans la gestion de l’espace public. Car Madina, longtemps livrée à l’expansion incontrôlée du commerce informel, incarne aussi les limites de la régulation urbaine face à la pression économique et démographique.
Les autorités évoquent désormais une vision plus ambitieuse : celle d’une capitale mieux organisée, où les grands axes seraient transformés en espaces fonctionnels, modernes et attractifs. Une ambition qui s’inscrit dans une logique d’aménagement durable et d’amélioration du cadre de vie, mais qui pose aussi la question cruciale de l’accompagnement social des nombreux commerçants impactés.
Car l’enjeu dépasse la simple opération de déguerpissement. La véritable interrogation reste celle de la constance de l’action publique. Combien d’opérations similaires ont été menées par le passé sans produire d’effets durables ? Sans mécanismes de suivi rigoureux, sans alternatives viables pour les occupants déguerpis et sans une volonté politique continue, le risque d’un retour progressif à l’occupation anarchique demeure réel.
À Madina, l’État vient de marquer un point. Reste maintenant à savoir s’il saura transformer ce coup d’éclat en réforme durable. Car à Conakry, le vrai défi n’est pas seulement de libérer les routes… mais d’empêcher qu’elles ne soient à nouveau prises en otage.
Amadou Diallo




































