Face à une crise de liquidité qui met à rude épreuve les transactions et ralentit le rythme de l’activité économique nationale, le gouvernement guinéen semble avoir trouvé en Mariama Ciré Sylla une stratège déterminée à engager le pays sur la voie de la modernité financière.
Là où certains ne voyaient qu’une pénurie de cash, la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget voit une opportunité historique : celle de transformer en profondeur les habitudes financières des Guinéens et d’aligner progressivement l’économie nationale sur les standards des pays les plus dynamiques de la sous-région.
Car aujourd’hui, la Guinée accuse encore un retard notable dans la digitalisation des paiements comparativement à des économies comme la Côte d’Ivoire ou le Sénégal, où les transactions électroniques, le mobile money et les paiements dématérialisés ont déjà contribué à réduire la dépendance au cash et à fluidifier les échanges commerciaux. Dans ces pays, la modernisation des systèmes de paiement a joué un rôle déterminant dans l’accélération de l’inclusion financière et la formalisation d’une partie importante de l’économie informelle.
C’est précisément cette trajectoire que Mariama Ciré Sylla veut désormais impulser à la Guinée.
Lors d’une rencontre stratégique avec les acteurs du secteur privé et les opérateurs économiques, la ministre a clairement affiché sa doctrine : la sortie durable de la crise de liquidité passera par la révolution numérique des paiements. Une vision qui traduit une compréhension lucide des mutations économiques contemporaines.
Sa feuille de route repose sur un pilier central : la digitalisation accélérée des moyens de paiement de l’État. Une réforme structurelle qui devrait réduire la pression sur la monnaie fiduciaire tout en renforçant la transparence et l’efficacité des finances publiques.
Au cœur de cette transformation figure le projet Trésor Pay, une plateforme appelée à moderniser les opérations du Trésor public en sécurisant et en accélérant les flux financiers. Une initiative qui, si elle est menée avec rigueur, pourrait marquer un tournant dans la gouvernance financière du pays.
Mais la force de l’approche de Mariama Ciré Sylla réside aussi dans sa compréhension que l’État ne peut réussir seul cette mutation. En ouvrant la porte à un partenariat stratégique avec les acteurs du mobile money, elle démontre une vision pragmatique inspirée des modèles les plus performants de la région.
Cette démarche collaborative rappelle les réformes qui ont permis à certaines économies ouest-africaines de bâtir des écosystèmes financiers modernes, où banques, fintechs et opérateurs télécoms travaillent en synergie pour démocratiser l’accès aux services financiers.
À travers cette stratégie, la ministre ne cherche pas seulement à résoudre une crise conjoncturelle. Elle pose les bases d’une transformation structurelle capable de renforcer la résilience de l’économie guinéenne face aux chocs futurs.
Dans un contexte où la confiance des opérateurs économiques reste un facteur déterminant, Mariama Ciré Sylla apparaît ainsi comme l’une des figures technocratiques qui tentent d’insuffler une culture de réforme et d’innovation dans la gestion économique du pays.
Reste maintenant le défi de l’exécution. Car comme le montrent les exemples ivoirien et sénégalais, la réussite de telles réformes repose moins sur les annonces que sur la constance dans leur application.
Une chose est cependant certaine : en misant sur la modernisation financière plutôt que sur des solutions de court terme, Mariama Ciré Sylla envoie un signal fort, celui d’une Guinée qui veut passer d’une économie dominée par le cash à une économie tournée vers l’avenir.
Et si cette réforme aboutit, elle pourrait bien devenir l’une des signatures économiques les plus marquantes de la transition.
Algassimou L Diallo




































