À Conakry, la question de l’insalubrité n’est plus seulement un problème d’hygiène. Elle devient progressivement un révélateur des failles de la gouvernance urbaine et du manque de coordination entre autorités et citoyens. Entre les quartiers de Kenien et Hafia, cette réalité prend un visage concret : celui de montagnes d’ordures, d’odeurs insoutenables et d’une colère populaire qui ne cesse de grandir.
Excédés par la répétition du même scénario — des déchets évacués aujourd’hui pour réapparaître dès le lendemain — les habitants ont décidé de hausser le ton en bloquant un axe routier stratégique. Un acte de désespoir plus qu’un simple mouvement d’humeur.
Les témoignages des riverains traduisent un ras-le-bol profond. Ils dénoncent non seulement l’accumulation des déchets, mais aussi l’absence d’infrastructures adaptées, l’état des routes et les risques sanitaires qui pèsent sur les familles. Derrière cette protestation, une question essentielle se pose : combien de temps encore les quartiers populaires devront-ils vivre dans ces conditions indignes d’une capitale ?
Mais au-delà de la dénonciation, cette crise locale doit être l’occasion de repenser les solutions. Car l’expérience de plusieurs capitales africaines comme Kigali au Rwanda ou Abidjan en Côte d’Ivoire montre qu’aucune politique de salubrité ne peut réussir sans une alliance forte entre pouvoirs publics et citoyens.
La solution à Kenien–Hafia pourrait ainsi reposer sur trois actions concrètes et immédiates.
D’abord, les autorités communales doivent mettre en place des points de regroupement d’ordures bien identifiés, avec des rotations régulières et visibles des services de ramassage. L’irrégularité du système actuel encourage malheureusement les dépôts sauvages.
Ensuite, une responsabilisation communautaire devient indispensable. La création de comités de salubrité de quartier, composés de jeunes, de sages et de leaders communautaires, pourrait permettre de sensibiliser les habitants et de surveiller les dépôts anarchiques. Car la vérité est aussi celle-ci : la salubrité ne dépend pas uniquement de l’État, elle commence aussi par le comportement collectif.
Enfin, une solution durable passerait par un partenariat entre la commune, les PME de pré-collecte et les citoyens à travers un système de contribution symbolique et transparente pour financer l’évacuation régulière des déchets. Ce modèle fonctionne déjà dans plusieurs villes africaines où la propreté est devenue une responsabilité partagée.
Le blocage de la route par les jeunes du quartier doit être compris non comme un acte d’indiscipline, mais comme un signal d’alarme. Un cri d’alerte qui rappelle que la dignité urbaine commence par un environnement sain.
À Kenien et Hafia, la solution ne viendra ni uniquement des autorités, ni uniquement des habitants. Elle viendra d’un nouveau contrat moral entre l’État local et les citoyens : celui de la responsabilité partagée.
Car au fond, la vraie question n’est pas seulement d’évacuer les ordures… mais d’empêcher qu’elles ne reviennent. Et cela commence par une prise de conscience collective : une ville propre est d’abord le reflet d’une citoyenneté active.
Fatimatou Diallo




































