Pendant que le monde commémore la Journée mondiale de l’eau, une vérité dérangeante s’impose : en Guinée, château d’eau de l’Afrique de l’Ouest, l’accès à l’eau potable reste paradoxalement un combat quotidien pour des milliers de citoyens.
Un paradoxe que le ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara, n’a pas cherché à masquer. Derrière les discours techniques, il pose une réalité plus brutale : la crise de l’eau en Guinée est d’abord une question économique, voire une question de vision politique.
Avec des besoins d’investissement estimés à près de 2,4 milliards d’euros, le pays fait face à une équation difficile : comment financer un secteur vital alors même que les financements internationaux se font plus rares, souvent découragés par la faible rentabilité financière apparente du secteur de l’eau ?
Mais au fond, la question posée par le ministre dépasse les chiffres. Quel est réellement le retour sur investissement de l’eau ? Est-ce un bénéfice financier ou la santé publique ? Est-ce un taux de rentabilité ou la stabilité sociale ? Est-ce un profit comptable ou la dignité humaine ?
Ce débat pose une vérité fondamentale souvent oubliée dans les politiques publiques africaines : l’eau n’est pas une marchandise comme les autres. Elle est un bien vital, mais elle ne peut plus être gérée sans logique économique. C’est ce changement de paradigme que les autorités disent vouloir engager : faire du secteur de l’eau non plus seulement une charge sociale, mais un pilier structuré, viable et attractif pour les investissements.
Dans cette dynamique, des projets annoncés dans des villes comme Fria, Koubia et Beyla sont présentés comme des signes d’une nouvelle volonté politique, notamment dans le cadre du programme Simandou 2040, qui place l’accès à l’eau parmi les priorités stratégiques.
Mais au-delà des annonces, la véritable bataille reste celle des mentalités. Car la crise de l’eau ne se joue pas uniquement dans les bureaux ministériels ou dans les projets d’infrastructures. Elle se joue aussi dans les rues, là où des conduites percées laissent couler l’eau dans l’indifférence générale.
Chaque fuite ignorée, chaque gaspillage toléré, chaque forage anarchique creusé sans contrôle constitue une bombe à retardement pour les nappes phréatiques. Une menace silencieuse qui pourrait transformer l’abondance naturelle d’aujourd’hui en pénurie demain.
L’autre réalité, plus inquiétante encore, est celle du coût de l’inaction. Un projet hydraulique estimé à 50 millions de dollars en 2016 pourrait coûter jusqu’à 300 millions en 2026. Une inflation qui illustre une règle simple du développement : plus les décisions tardent, plus les solutions deviennent coûteuses.
La Guinée se trouve donc à la croisée des chemins : soit elle investit maintenant dans une gestion moderne et rigoureuse de ses ressources hydriques, soit elle paiera demain le prix fort de son retard.
La véritable solution ne viendra pas uniquement des bailleurs ni du gouvernement. Elle viendra aussi d’un nouveau contrat citoyen autour de l’eau : payer le service quand il existe, éviter le gaspillage, dénoncer les branchements frauduleux et protéger les ressources.
Car au fond, la vraie question n’est pas seulement de savoir comment financer l’eau.
La vraie question est de savoir si la Guinée est prête à considérer l’eau non plus comme une ressource acquise… mais comme une richesse à protéger.
Aziz Camara




































