La sortie médiatique d’Ousmane Gaoual Diallo sonne comme un aveu autant qu’un plaidoyer. En affirmant que la Guinée n’a « pas beaucoup progressé du point de vue démocratique depuis 1990 », le porte-parole du gouvernement pose un diagnostic sans concession sur l’évolution politique du pays, tout en tentant de justifier la dissolution controversée de plusieurs grandes formations politiques.
Au cœur de son argumentaire : la nécessité, selon lui, de refonder un système partisan jugé défaillant. Parmi les partis concernés figurent notamment l’Union des forces démocratiques de Guinée dirigée par Cellou Dalein Diallo et le Rassemblement du peuple de Guinée – Arc-en-ciel de l’ancien président Alpha Condé.
Pour le ministre, cette décision ne relève ni d’un acte arbitraire ni d’une simple volonté administrative, mais d’un choix politique visant à restaurer, selon ses termes, la cohérence du vivre-ensemble. Il estime que les partis doivent s’inscrire dans des règles qui renforcent la stabilité plutôt que d’alimenter les tensions.
Dans sa démonstration, Ousmane Gaoual Diallo s’appuie sur des comparaisons internationales, évoquant des démocraties comme la France ou les États-Unis, où des mécanismes juridiques existent également pour encadrer, voire dissoudre, des organisations politiques jugées contraires à l’ordre public ou aux valeurs républicaines.
Mais au-delà de la justification institutionnelle, c’est surtout le constat politique qui retient l’attention. En reconnaissant les limites du progrès démocratique guinéen depuis l’ouverture au multipartisme dans les années 1990, le ministre relance indirectement le débat sur la responsabilité collective de la classe politique dans les crises récurrentes du pays.
Selon lui, la question fondamentale reste celle du bilan : les partis politiques ont-ils renforcé la cohésion nationale ou ont-ils contribué aux fractures sociales et politiques ? Une interrogation qui, en filigrane, pose la question de la maturité démocratique du système politique guinéen.
Face aux critiques, le gouvernement insiste également sur un point essentiel : la dissolution des partis ne signifie pas, selon ses responsables, une remise en cause des droits civiques des citoyens. Ce sont les structures politiques qui sont visées, pas les individus, assure le ministre, qui évoque un processus basé sur des analyses et des consultations plutôt qu’une décision précipitée.
Reste que cette séquence politique ouvre une nouvelle zone d’incertitude. Car si l’objectif affiché est de réorganiser le paysage politique, beaucoup s’interrogent désormais sur la nature du futur cadre démocratique et sur les garanties qui accompagneront cette refondation.
Entre volonté de réforme et soupçons de verrouillage politique, la Guinée se retrouve une fois de plus à la croisée des chemins. Et la véritable question demeure : cette restructuration marquera-t-elle enfin un tournant démocratique ou prolongera-t-elle les cycles d’instabilité que le pays tente justement de dépasser ?
Amadou Diallo


































