Il aura fallu un communiqué publié à 3 heures du matin pour que l’alerte soit prise au sérieux. Un geste rare, presque inhabituel, mais révélateur d’un malaise profond. En Guinée, les réseaux sociaux semblent avoir franchi un seuil critique, celui où la liberté d’expression bascule dans la vulgarité, l’atteinte à la vie privée et, parfois, la violence verbale assumée.
Face à cette dérive, le président de la Haute autorité de la communication, Boubacar Yacine Diallo, hausse le ton. Et pour cause : ce qu’il décrit n’est pas une simple exagération passagère, mais une tendance lourde, alimentée par l’impunité numérique et la banalisation du pire.
Car le problème est là. Derrière les écrans, beaucoup semblent oublier que publier, relayer ou commenter n’est pas un acte neutre. La viralité est devenue une arme. Une arme qui broie les réputations, expose les vies privées et transforme l’espace public en tribunal sans règles ni responsabilité.
En annonçant la tenue d’un conseil extraordinaire ce 16 avril, la HAC tente de reprendre la main. Mais la question demeure : n’est-il pas déjà tard ? Depuis des mois, les signaux d’alerte s’accumulent. Injures, diffamations, contenus dégradants… le tout partagé à grande vitesse, souvent sans recul, parfois sans conscience.
Le message de l’autorité de régulation est clair : la responsabilité est collective. Celui qui publie n’est plus le seul en cause. Celui qui partage, commente ou relaie devient co-auteur. Une réalité juridique que beaucoup ignorent ou feignent d’ignorer.
Mais au-delà de la menace de sanctions, c’est un débat de fond qui s’impose. Peut-on réguler sans restreindre ? Peut-on sanctionner sans censurer ? Entre la nécessité de protéger les citoyens et celle de préserver les libertés, la ligne est étroite, parfois dangereusement floue.
La HAC, elle, semble prête à franchir un cap. Avertissements, suspensions, voire interdictions : l’arsenal existe. Et cette fois, l’institution prévient qu’elle n’hésitera pas à aller plus loin, y compris en saisissant la justice.
Reste à savoir si la peur de la sanction suffira à changer les comportements. Car au fond, le problème dépasse les textes et les institutions. Il touche à la culture numérique, à l’éducation citoyenne et à la responsabilité individuelle.
La Guinée est aujourd’hui face à un choix : laisser les réseaux sociaux devenir un espace de dérive incontrôlée, ou en faire un véritable outil de débat, de construction et d’expression responsable.
La décision ne revient pas seulement à la HAC. Elle appartient à tous.
Sibé Fofana


































